Pierre Perret consacre un livre hommage à sa grand-mère, figure fondatrice de sa sensibilité d’écrivain et de parolier.
Le récit dresse le portrait d’Anna, née à la fin du XIXᵉ siècle et abandonnée bébé sur le saloir d’un charcutier, puis ballottée dans une existence où la pauvreté, la brutalité domestique et l’absence de protection pour les femmes font système : analphabète, humiliée, battue, elle avance pourtant « jamais soumise », avec une force de survie qui devient l’axe du livre.
Perret raconte autant une femme qu’un monde : une France rurale et populaire, traversée par la misère, les rapports de domination et la violence ordinaire, mais aussi par des savoirs concrets, une langue et une chaleur humaine qui tiennent lieu de refuge.
Cette grand-mère ne parlait que patois, connaissait les plantes et a marqué l’enfance de Perret au point d’en constituer le socle, ce que le livre met en scène comme une transmission affective et morale autant qu’un héritage de mots.
L’intérêt de Mémé Anna tient alors à son double mouvement : d’un côté, la chronique d’un destin féminin cabossé qui résonne avec les débats contemporains sur les violences conjugales. De l’autre, la mise à nu de la matrice d’une œuvre qui, depuis des décennies, donne voix aux invisibles et aux femmes meurtries, en mêlant indignation, tendresse et verve populaire.

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