Écrits par Arthur Rimbaud à seize ans, les Cahiers de Douai désignent, non pas un recueil composé par l’auteur, mais un ensemble de vingt-deux poèmes réunis après coup : lors de deux séjours à Douai (septembre et octobre 1870), le jeune poète confie des copies manuscrites à Paul Demeny, sans titre d’ensemble.
Le contexte compte : 1870 est l’année de la guerre franco-prussienne et d’une France secouée et l’on entend déjà, dans ces vers d’adolescent en fugue, une énergie de rupture qui cherche sa voie entre héritage et provocation. Les poèmes alternent registres et tonalités : l’éveil des sensations et l’appel du dehors (la marche, la nature, la liberté), des scènes de café ou de rencontre amoureuse, mais aussi la satire sociale et la colère politique, notamment contre la misère, l’hypocrisie ou la violence guerrière.
Sur le plan de l’écriture, Rimbaud montre une virtuosité précoce dans des formes traditionnelles (sonnets, vers réguliers), tout en les dynamitant de l’intérieur par l’ironie, des images crues, des contrastes brutaux et un regard déjà « moderne » : le poète se met en scène comme un corps en mouvement, qui veut s’émanciper des cadres moraux, familiaux et littéraires. Cette logique d’« émancipations créatrices » (parcours associé au programme du bac) se lit autant dans les thèmes (fugue, désir, défi) que dans la posture : écrire devient un acte d’indépendance, une manière d’ouvrir un espace neuf où le réel, même trivial, acquiert une puissance poétique.
Enfin, le destin éditorial renforce la légende : Rimbaud demandera plus tard à Demeny de brûler ces textes, qui seront pourtant conservés et publiés bien après, notamment dans Reliquaire par Léon Genonceaux, ce qui fait des Cahiers de Douai le laboratoire incontournable de ses débuts.
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